En bref — Cet article explore la compétence relationnelle avoir conscience de son environnement social au travail. Il s’adresse aux professionnel·les, gestionnaires et RH souhaitant mieux comprendre les décalages entre intention, perception et impact relationnel. Le texte propose une lecture des dynamiques sociales implicites qui influencent les interactions professionnelles. Une ressource de compréhension pour éclairer les situations complexes avant toute démarche de développement.

Ce que nos intentions nous empêchent parfois de voir

Nous avons rarement de mauvaises intentions au travail. 

Nous voulons bien faire. Être utiles. Être reconnu·es comme des personnes engagées, fiables, professionnelles. 

Et pourtant, parfois les choses ne vont pas tel que prévu. 

Une réaction inattendue. 

Un malaise diffus. 

Une tension qui s’installe, sans raison apparente. 

Ce décalage n’est pas toujours lié à ce que nous faisons, mais à ce que nous ne percevons pas encore autour de nous. 

C’est précisément là qu’entre en jeu la compétence : avoir conscience de son environnement social. 

Déplacer le regard : de l’intention vers le contexte 

Je le constate souvent sur le terrain. 

Dans de nombreuses situations professionnelles, notre analyse s’arrête à l’intention : 

Je voulais aider. 

Je pensais bien faire. 

Ce n’était pas mon intention. 

Or, l’environnement social ne fonctionne pas à partir des intentions, mais à partir de ce qui est perçu, ressenti et interprété. 

Lorsque nous restons centrés sur notre point de vue interne, l’intention devient parfois un angle mort. 

Non pas parce qu’elle est mauvaise, mais parce qu’elle occupe tout l’espace. 

Ce que recouvre réellement la conscience de l’environnement social 

Avoir conscience de son environnement social, ce n’est pas : 

  • anticiper toutes les réactions, 
  • plaire à tout le monde, 
  • se suradapter. 

C’est plutôt la capacité à lire le contexte humain dans lequel une interaction prend place. 

Cela inclut notamment : 

  • la dynamique relationnelle du groupe, 
  • les rôles visibles et invisibles, 
  • les attentes implicites, 
  • les tensions déjà présentes, 
  • le climat émotionnel du moment. 

Autrement dit, ce qui entoure l’action influence souvent davantage que l’action elle-même. 

Intention, perception, impact : une triangulation essentielle 

Dans cette compétence, trois dimensions coexistent en permanence : 

  • l’intention : ce que je veux faire, ce qui me motive ; 
  • la perception : ce que les autres comprennent, ressentent, projettent ; 
  • l’impact : ce que cela produit réellement dans la relation ou le collectif. 

Les difficultés apparaissent rarement parce qu’une de ces dimensions est absente, mais parce qu’elles ne sont pas alignées entre elles. 

Plus le contexte est complexe, plus cet écart devient significatif. 

Quand l’environnement social s’exprime sans mots 

L’environnement social ne s’exprime pas toujours clairement. 

Il se manifeste souvent par des signaux discrets : 

  • une personne qui se tait soudainement en réunion, 
  • une réaction défensive face à une suggestion pourtant logique, 
  • une décision qui tarde, sans raison apparente, 
  • un enthousiasme qui ne suit pas, 
  • un climat tendu alors que les enjeux semblent mineurs. 

Pris isolément, ces éléments peuvent sembler anodins. 

Ensemble, ils racontent quelque chose du contexte relationnel. 

Avoir conscience de son environnement social, c’est accepter que ces signaux ont du sens — même lorsqu’ils ne sont pas formulés. 

Une expérience fréquente (et révélatrice) 

Je pense à Suzanne, cette professionnelle compétente, engagée, reconnue pour sa rigueur. 

Elle propose des améliorations cohérentes, structurées, pertinentes. 

Sur le papier, tout est impeccable. 

Et pourtant, dans la réalité, ses interventions rencontrent de la résistance. 

Pas ouverte. 

Pas frontale. 

Subtile. Silencieuse. Mais bien perceptible. 

Son erreur? 

Aucune, sur le fond. 

Mais elle n’a pas perçu que : 

  • certain·es collègues se sentaient dévalorisé·es, 
  • le moment était sensible sur le plan politique, 
  • l’équipe vivait déjà une surcharge émotionnelle. 

Son intention était claire. 

L’environnement social, lui, racontait une tout autre histoire. 

Ce que cette compétence permet de comprendre autrement 

Développer une conscience de son environnement social permet notamment de : 

  • ne pas réduire les résistances à des oppositions personnelles, 
  • comprendre que certaines réactions ne sont pas dirigées contre soi, 
  • distinguer désaccord, insécurité et fatigue relationnelle. 

Il ne s’agit pas de faire autrement par principe, mais de mieux comprendre ce qui est en jeu avant d’interpréter. 

Se décentrer sans s’effacer 

Avoir conscience de son environnement social ne signifie pas : 

  • s’effacer, 
  • se taire, 
  • renoncer à ses idées. 

Il s’agit plutôt d’un mouvement de décentration temporaire : quitter son point de vue pour élargir la lecture de la situation. 

Ce mouvement n’affaiblit pas la posture professionnelle. 

Il la rend plus ajustée, plus cohérente avec le contexte réel. 

Pourquoi cette compétence soutient l’efficacité… et le bien-être 

Lorsque l’environnement social n’est pas pris en compte : 

  • l’énergie se disperse, 
  • les malentendus s’accumulent, 
  • la fatigue relationnelle augmente. 

À l’inverse, une bonne lecture de l’environnement social permet : 

  • de canaliser ses efforts, 
  • de réduire les frictions inutiles, 
  • de préserver la qualité des relations professionnelles. 

C’est là que l’efficacité et le bien-être cessent de s’opposer. 

Ils deviennent deux effets d’une même compréhension. 

Une question à se poser plus souvent 

Avant d’interpréter trop vite une réaction, une résistance ou un désaccord, prenons un temps pour nous demander : Qu’est-ce que je ne vois peut-être pas encore dans cet environnement ? 

Cette question ne cherche pas une solution immédiate. 

Elle crée de l’espace. 

Elle ouvre la compréhension. 

Elle suspend le jugement. 

Elle invite à comprendre plutôt qu’à corriger. 

Et très souvent, elle modifie la manière dont une situation est vécue. 

Nos intentions comptent. 

Elles témoignent nos valeurs, notre engagement, notre désir de contribuer. 

Mais elles ne racontent jamais toute l’histoire.  

Avoir conscience de son environnement social, c’est accepter que l’efficacité relationnelle ne se joue pas uniquement dans ce que nous voulons faire, mais aussi dans ce qui est perçu, vécu et interprété autour de nous. 

Et vous — dans votre quotidien professionnel — qu’est-ce que vos intentions vous empêchent peut-être encore de voir ? 

Prendre le temps d’y réfléchir, c’est déjà commencer à élargir le regard.  

Les articles HUMANOTÓPIE ont pour vocation d’éclairer ce qui influence nos comportements au travail, avant toute idée d’action ou de développement. 

Si cette lecture a résonné, voici quelques espaces où cette réflexion se poursuit, chacun à sa manière : 

  1. La Boîte à Outils : LaBo – La toute dernière génération d’outils pour le développement des compétences relationnelles. 
  1. L’académie Savoir-Agir@Work – Une collection de formations en ligne qui couvrent les sujets les plus pertinents en milieu de travail en matière de relations humaines, d’efficacité et de performance. 
  1. Le livre CONQUÉRIR L’EFFICACITÉ : le Savoir-Agir essentiel à la réussite professionnelle – Un ouvrage qui pose les bases de l’efficacité. Disponible en librairie en version papier et numérique. 
  1. CRO-Mètre | Diagnostic des compétences relationnelles – Un diagnostic personnalisé qui mesure l’intégration des pratiques relationnelles essentielles au travail.