Travailler avec des personnes manquant de conscience de soi

La conscience de soi, cet équilibre entre la perception de soi et l’image perçue par les autres, revêt une importance cruciale pour la performance professionnelle en milieu de travail.  

Pourtant, elle demeure étonnamment rare.  

Les recherches révèlent qu’alors que 95 % des individus pensent être conscients d’eux-mêmes, seulement 10 à 15 % le sont réellement.  

Ces collègues, dépourvus de conscience de soi, sont non seulement source de frustration, mais peuvent également réduire de moitié les chances de réussite d’une équipe. Travailler avec eux peut conduire à un stress accru, une diminution de la motivation et un taux de roulement du personnel plus élevé. 

Mais comment gérer ces situations ? Est-il possible d’aider ceux qui manquent de conscience de soi à mieux se comprendre ? Et si ce n’est pas le cas, que pouvons-nous faire pour réduire les conséquences négatives sur notre réussite et notre bien-être ? 

Comprendre le problème 

Tous les comportements difficiles ne découlent pas nécessairement d’un manque de conscience de soi, et aider ceux qui en souffrent n’est pas toujours possible. Il est donc important de déterminer si le problème est réellement un manque de conscience de soi. Pour ce faire : 

Analysez la source de la tension : Les conflits interpersonnels ne sont pas toujours dus à un manque de conscience de soi chez une personne. Il peut s’agir de divergences de priorités, de styles de communication inconciliables ou encore, d’un manque de confiance mutuelle. 

Pour évaluer si vous interagissez avec quelqu’un dépourvu de conscience de soi, prenez en considération les perceptions que les autres ont à son égard. En général, l’absence de conscience de soi se reflète dans un consensus sur le comportement de la personne, plutôt que dans une simple impression individuelle.  

Tasha Eurich, chercheuse et titulaire d’un doctorat en psychologie organisationnelle, a relevé plusieurs comportements typiques observés chez les individus manquant de conscience de soi : 

  • Ils refusent d’écouter ou d’accepter des rétroactions critiques. 
  • Ils ne peuvent pas se mettre à la place des autres ou éprouver de l’empathie. 
  • Ils ont du mal à “lire une situation” et à adapter leur message à leur auditoire. 
  • Ils surestiment leur contribution et leurs performances. 
  • Ils blessent les autres sans s’en rendre compte. 
  • Ils s’approprient les succès et attribuent les échecs aux autres. 

Comprenez leurs intentions : Contrairement aux personnes dépourvues de conscience de soi, certains collègues difficiles sont conscients de leurs actions, mais ne sont pas disposés à changer. 

La distinction principale entre les individus manquant de conscience de soi et ceux étant conscients, mais indifférents réside dans leurs intentions : les premiers aspirent réellement à être collaboratifs et efficaces, sans réaliser leur déficit à cet égard. Tandis que les seconds, conscients, mais insouciants, reconnaissent et admettent sans remords leur comportement (“Bien sûr que je suis autoritaire avec mes employés. S’ils me craignent, ils feront le travail!”), les individus dépourvus de conscience de soi ne sont pas conscients de leurs comportements (“La réunion avec l’équipe s’est bien déroulée !”). 

Aider les personnes qui manquent de conscience de soi 

Une fois que vous avez identifié quelqu’un qui manque de conscience de soi, il est temps d’évaluer honnêtement s’il est possible de l’aider. Réfléchissez à ses intentions et à sa volonté de changer. Avez-vous remarqué s’il cherchait un point de vue différent ou accueillait des rétroactions critiques ? Cela suggère qu’il est possible de l’aider à devenir plus conscient de lui-même. 

Mais avant d’intervenir, posez-vous les questions suivantes : 

  • Suis-je le bon intermédiaire ? Réfléchissez à la relation que vous entretenez avec votre collègue qui manque de conscience de soi : avez-vous fourni des efforts pour l’aider ou le soutenir par le passé ? Êtes-vous convaincu qu’il percevra vos rétroactions comme un soutien visant à l’aider à s’améliorer, plutôt que d’y voir un motif plus malveillant ? Ou y a-t-il d’autres personnes plus aptes que vous à transmettre ces rétroactions ? 

La confiance est essentielle. Lorsque nous aidons quelqu’un qui manque de conscience de soi, il ne suffit pas de fournir des rétroactions constructives. Pour que quelqu’un soit réellement ouvert à ces rétroactions, il doit nous faire confiance – il doit fondamentalement croire que nous avons son intérêt à cœur. Lorsque la confiance est présente, l’autre personne se sentira plus à l’aise pour être vulnérable, une condition préalable pour accepter son comportement inconscient. 

  • Suis-je prêt à accepter le pire scénario ? Les résultats d’une tentative d’aide infructueuse peuvent aller du malaise perceptible (larmes, silence,) à des conséquences professionnelles plus sérieuses (un employé pourrait choisir de démissionner ; un collègue pourrait tenter de nous nuire ; un supérieur pourrait envisager un licenciement). Évaluez attentivement les risques impliqués et soyez préparé à faire face au pire scénario si une telle situation se présente. 

Si vous pensez pouvoir aider, quelle est la meilleure façon de le faire ?  

Il existe certainement de nombreuses ressources utiles pour fournir des rétroactions de qualité. Cependant, trois pratiques valent la peine d’être soulignées pour les personnes qui manquent de conscience de soi. 

  • Tout d’abord, parlez-leur en personne (les recherches suggèrent que ceux qui fournissent des rétroactions par courriel réussissent 33 % moins).  
  • Deuxièmement, au lieu d’aborder leur comportement de manière soudaine, faites preuve de patience stratégique. Si possible, attendez que votre collègue exprime des sentiments de frustration ou de mécontentement (qui, à son insu, sont causés par son manque de conscience de soi). Demandez si vous pouvez faire une observation dans l’esprit de leur réussite et de leur bien-être.  
  • Troisièmement, s’ils sont d’accord, concentrez-vous sur leur comportement spécifique et observable et sur la manière dont cela limite leur réussite.  
  • Terminez toujours la conversation en réaffirmant votre soutien et en demandant comment vous pouvez aider. 

Que faire s’ils ne changent pas ? 

Il est normal de se sentir découragé lorsque l’on ne peut pas aider quelqu’un qui manque de conscience de soi. La bonne nouvelle est que même si nous ne pouvons pas leur imposer la prise de conscience, nous avons le pouvoir de minimiser l’impact de leur comportement sur nous. 

  • Recentrez la situation: Utilisez des techniques pour gérer les réactions négatives. Prendre conscience de nos propres sentiments nous permet de recentrer la situation et de développer une plus grande résilience. 
  • Reconnaissez leur humanité : Plutôt que de réagir vivement à leurs comportements inadaptés, reconnaissons que leur manque de conscience est souvent le symptôme de difficultés plus profondes.  Adopter une attitude compatissante, exempte de jugement, peut contribuer à apaiser nos réactions négatives envers eux. 
  • Adoptez une perspective à long terme : Même si quelqu’un est présentement inconscient de lui-même, cela ne signifie pas qu’il ne changera pas à l’avenir. Parfois, il faut faire preuve de patience et fournir à plusieurs reprises des rétroactions sur le comportement inconscient avant qu’elles ne commencent à être prises en compte. 

Bien que cela demande du courage, de l’engagement et de l’humilité, les individus peuvent apporter des transformations spectaculaires et profondes à leur conscience de soi – cela reste tout à fait possible ! 

Cependant, nous ne pouvons pas forcer les autres à être conscients d’eux-mêmes.  

Indépendamment des choix des personnes qui nous entourent quant à l’amélioration de leur conscience de soi, nous possédons le pouvoir et la capacité de cultiver la nôtre. 

Parfois, cela peut s’avérer être la meilleure utilisation de notre énergie. 

Pour prolonger la réflexion  

Les articles HUMANOTÓPIE ont pour vocation d’éclairer ce qui influence nos comportements au travail, avant toute idée d’action ou de développement.  

Si cette lecture a résonné, voici quelques espaces où cette réflexion se poursuit, chacun à sa manière :  

  1. Le Quiz : Savez-vous ce qui influence votre efficacité au travail ? – Un outil gratuit conçu pour vous aider à repérer ce sur quoi repose votre efficacité actuelle — et à identifier ce que vous pouvez renforcer pour évoluer avec plus d’équilibre, d’agilité et d’impact. 
  1. CRO-Mètre | Diagnostic des compétences relationnelles – Un portrait des compétences relationnelles et des comportements professionnels essentiels au travail.  
  1. La Boîte à Outils : LaBo – La toute dernière génération d’outils pour le développement des compétences relationnelles.