On nous incite de plus en plus à être authentiques au travail.
À ne pas porter de masque.
À agir en cohérence avec ce que l’on est.
Sur le plan humain, l’intention est belle.
Sur le plan professionnel, elle est souvent plus délicate qu’on ne l’admet.
Car derrière cette invitation à l’authenticité se cache une question : jusqu’où peut-on être soi, sans s’exposer inutilement?
L’authenticité n’est pas aussi simple qu’on le fait croire
Dans les discours, l’authenticité est souvent présentée comme une valeur évidente.
Mais sur le terrain, elle n’est pas si claire que ça.
Pour certain·es, être authentique, c’est dire ce que l’on pense.
Pour d’autres, c’est exprimer ce que l’on ressent.
Pour d’autres encore, c’est refuser de jouer un rôle qui ne leur ressemble pas.
On parle donc d’authenticité… sans toujours parler de la même chose.
Et cette ambiguïté crée parfois de la confusion, de l’inconfort, voire des blessures professionnelles.
Le piège de la transparence totale
Une erreur fréquente consiste à confondre authenticité et transparence absolue.
Dire ce que l’on ressent.
Partager ce que l’on traverse.
Tout exprimer, sans filtre.
Or, le travail n’est pas un espace neutre.
Il est influencé par des rapports de pouvoir, des cultures organisationnelles, des attentes implicites, des niveaux variables de sécurité relationnelle.
Ce qui est reçu comme un geste d’ouverture dans un milieu peut être perçu comme un manque de professionnalisme dans un autre.
Cela ne rend pas l’authenticité problématique en soi.
Cela rappelle simplement qu’elle ne s’exprime jamais hors contexte.
Être soi ne signifie pas tout montrer
Dans la réalité professionnelle, nous faisons constamment des choix — souvent intuitifs — sur ce que nous partageons ou non.
Nous ne disons pas tout.
Nous ne montrons pas toutes nos facettes.
Et ce tri n’est pas nécessairement une forme de dissimulation ou d’inauthenticité.
Il peut aussi être une manière de se préserver.
De protéger son énergie, sa crédibilité, certaines dimensions de soi qui n’ont pas à être exposées partout, tout le temps.
Cette capacité à choisir fait partie intégrante de la maturité relationnelle.
L’adaptation : trahison ou intelligence relationnelle?
Changer de ton selon l’interlocuteur.
Mesurer ses mots dans certaines réunions.
Retenir certaines réactions.
Beaucoup se demandent alors : « Est-ce que je suis encore moi-même si je m’adapte autant? »
Cette question est légitime.
Mais elle repose souvent sur une vision rigide de l’identité.
Nous portons plusieurs postures professionnelles.
Aucune ne résume entièrement qui nous sommes.
S’adapter n’efface pas l’identité — cela peut aussi témoigner d’une capacité de lecture du contexte.
L’authenticité ne réside pas dans l’uniformité, mais dans la cohérence intérieure, même lorsque la forme varie.
Quand l’authenticité laisse un malaise après coup
Il arrive que la limite se révèle après une interaction.
Après avoir trop dit.
Après s’être senti·e surexposé·e.
Après un partage qui laisse un inconfort diffus.
Ces moments sont rarement anodins et sont souvent riches d’enseignements.
Plutôt que de les voir comme des erreurs, on peut les considérer comme des signaux relationnels : quelque chose, dans l’équilibre entre expression de soi et contexte, n’était pas tout à fait ajusté.
L’authenticité comme choix conscient
Avec le temps, on observe que les personnes les plus solides relationnellement ne sont pas celles qui disent tout.
Ce sont souvent celles qui savent :
- ce qui les définit profondément,
- ce qu’elles souhaitent protéger,
- ce qu’elles choisissent de mettre au service du travail et des relations.
Leur authenticité est parfois plus discrète.
Mais elle est cohérente, stable, incarnée dans les comportements.
En guise de réflexion
Être soi au travail ne signifie pas se livrer entièrement.
Cela peut aussi vouloir dire apprendre à se respecter suffisamment pour ne pas se diluer, et à se protéger suffisamment pour rester intègre.
Et si l’authenticité professionnelle n’était pas une question de tout dire… mais de choisir consciemment ce que l’on incarne?

Pour prolonger la réflexion
Les articles HUMANOTÓPIE ont pour vocation d’éclairer ce qui influence nos comportements au travail, avant toute idée d’action ou de développement.
Si cette lecture a résonné, voici quelques espaces où cette réflexion se poursuit, chacun à sa manière :
- La Boîte à Outils : LaBo – La toute dernière génération d’outils pour le développement des compétences relationnelles.
- L’académie Savoir-Agir@Work – Une collection de formations en ligne qui couvrent les sujets les plus pertinents en milieu de travail en matière de relations humaines, d’efficacité et de performance.
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- CRO-Mètre | Diagnostic des compétences relationnelles – Un diagnostic personnalisé qui mesure l’intégration des pratiques relationnelles essentielles au travail.
