Quand l’intention ne suffit plus
Nous partons souvent d’une prémisse rassurante : si l’intention est bonne, l’impact suivra.
Dans nos milieux professionnels, cette conviction est tenace.
Nous voulons bien faire. Être respectueux·se. Ouvert·e. Inclusif·ve.
Et pourtant.
Il arrive que des personnes animées d’une réelle bonne volonté soient perçues comme maladroites, distantes, intrusives ou même excluantes.
Non pas par manque d’humanité. Mais par manque de lecture subtile de l’autre.
C’est là que le malaise s’installe.
Et que l’inclusion devient un mot que l’on prononce… sans toujours la faire vivre.
Ce n’est pas la volonté qui fait défaut.
C’est la capacité à ajuster nos interactions à ce que l’autre vit, perçoit et comprend.
Comprendre les autres ne va pas de soi.
Et c’est précisément ce qui rend cette compétence aussi déterminante que délicate.
Inclusion : une affaire d’impact, pas seulement d’intention
Nous confondons parfois inclusion et posture bienveillante.
Comme si être respectueux·se suffisait à créer un climat où chacun·e se sent réellement considéré·e.
Or, l’inclusion ne se joue pas dans ce que nous pensons faire.
Elle se joue dans ce que l’autre reçoit.
Une parole peut se vouloir encourageante… et être vécue comme condescendante.
Une attention peut se vouloir prévenante… et être ressentie comme envahissante.
Un silence peut se vouloir respectueux… et être interprété comme un désengagement.
Je vois régulièrement des professionnel·les sincèrement engagé·es, déstabilisé·es par ces décalages.
Or, ce n’est pas un échec moral, mais un écart de lecture.
Un écart entre nos repères… et ceux de l’autre.
Pourquoi nous interprétons tous différemment une même situation
Nous n’arrivons jamais dans une interaction « neutres ».
Chacun·e porte avec soi un ensemble d’expériences, souvent invisibles.
Des contextes où il a fallu :
- se protéger pour rester crédible,
- se taire pour éviter des conséquences,
- performer pour être reconnu·e,
- s’adapter pour être accepté·e.
Ces expériences façonnent nos réflexes relationnels.
Elles influencent notre manière de décoder les intentions, les mots, les silences, les gestes.
Ainsi, une même situation peut activer :
- un sentiment de sécurité chez l’un·e,
- une vigilance accrue chez l’autre,
- un inconfort diffus chez un·e troisième.
Comprendre les autres commence dans la reconnaissance que nous ne réagissons pas tous à partir du même endroit.
Ajuster ses interactions : une compétence souvent sous-estimée
Ajuster ses interactions ne signifie pas se renier.
Il s’agit plutôt de développer une conscience relationnelle :
- être attentif·ve aux signaux émis,
- observer ce qui facilite ou freine l’échange,
- accepter que notre manière habituelle de faire ne soit pas universelle.
Cette compétence demande du discernement. Et surtout, du recul.
Car ce que nous percevons comme « normal » ou « évident » est souvent le produit de notre propre parcours.
Inclusion et compréhension : un mouvement à double sens
On parle beaucoup d’ouverture à l’autre.
Mais l’inclusion repose aussi sur notre capacité à nous laisser ajuster.
Cela implique :
- d’accepter de ne pas toujours être compris·e du premier coup,
- de reconnaître que notre façon de faire peut avoir des effets inattendus,
- de tolérer l’inconfort de la remise en question.
Comprendre les autres, ce n’est pas accumuler des connaissances sur les différences.
C’est développer une présence relationnelle suffisamment souple pour composer avec elles.
Trois repères pour affiner la compréhension des autres
Sans chercher à « corriger » quoi que ce soit, certains repères peuvent aider à mieux décoder les interactions :
1. Distinguer intention et impact
L’intention appartient à celui ou celle qui agit.
L’impact appartient à celui ou celle qui reçoit.
Les deux peuvent coexister… sans être alignés.
2. Observer avant d’interpréter
Les réactions de l’autre sont souvent des indices, pas des attaques.
Elles racontent quelque chose de son cadre de référence.
3. Ajuster sans se suradapter
Ajuster, ce n’est pas s’effacer.
C’est choisir consciemment comment entrer en relation, selon le contexte.
Pourquoi cette compétence est déterminante pour l’efficacité collective
Lorsque les interactions sont mal ajustées :
- les malentendus s’accumulent,
- les non-dits prennent de l’ampleur,
- l’énergie relationnelle se disperse.
À l’inverse, lorsque les personnes développent une meilleure lecture mutuelle :
- les échanges gagnent en fluidité,
- les tensions sont traitées plus tôt,
- la collaboration devient plus naturelle.
L’inclusion cesse alors d’être une intention abstraite.
Elle devient une expérience vécue.
Comprendre avant d’agir
La bonne volonté est un excellent départ, mais elle ne suffit pas toujours.
Créer des interactions réellement inclusives demande plus qu’une posture bien intentionnée.
Cela demande une capacité à lire l’autre, à ajuster nos manières d’entrer en relation, et à reconnaître que nos repères ne sont pas universels.
Mieux comprendre les autres, ce n’est pas compliquer les relations.
C’est leur redonner de la fluidité et du sens.
Et souvent, c’est là que l’efficacité collective commence à se transformer.

Pour prolonger la réflexion
Les articles HUMANOTÓPIE ont pour vocation d’éclairer ce qui influence nos comportements au travail, avant toute idée d’action ou de développement.
Si cette lecture a résonné, voici quelques espaces où cette réflexion se poursuit, chacun à sa manière :
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